Ce qui est bon pour une entreprise n’est pas toujours bon pour une famille en affaires. Ainsi, dans mes récentes interventions où mon rôle a été d’agir comme intervenant en gestion de la relève dans une entreprise familiale, j’ai pu constater à quel point il est important de considérer autant ce que la famille veut que ce dont l’entreprise a besoin. Une fois impliqué dans une gestion de relève incluant au quotidien des membres de sa famille, le succès d’un dirigeant d’entreprise repose quelquefois sur des modes de fonctionnement intégrant l’émotionnel et le rationnel.

Voici quelques questions que le dirigeant d’une famille en affaires mérite de se poser :

À qui ai-je affaires ?

L’historique relationnel entre membres d’une même famille amène souvent une distorsion quant à la compréhension d’autrui. Il y a parfois une réelle difficulté à trouver des moyens efficaces de communiquer sans générer de problématiques, surtout en dynamique de transfert. Un simple échange sur les opérations peut faire émerger une interaction orageuse, voire violente ! Face à ces situations dans un contexte de relève, le dirigeant cherche des solutions et se voit dans l’obligation d’amener des changements dans sa façon d’interagir et d’aborder une situation. Il veut générer une plate-forme de rencontre spécifique entre membres de même famille (comité de famille, rencontres familiales, comité de relève) afin de comprendre davantage les motivations de chacun et supporter le développement de chacun en lien avec le transfert.

Quelles sont les conditions gagnantes ?

Sur quels objectifs la famille en affaire doit s’appuyer pour continuer d’être « en santé » ? Quels seront les principes sur lesquels elle s’engagera pour répondre à ses objectifs ? Pour faire une comparaison, un comité de gestion doit avoir défini clairement son mode de fonctionnement, afin de prendre les bonnes décisions, assurant le passage à l’action et la rentabilité de l’entreprise. Ainsi, au même titre que les intérêts de chaque gestionnaire, les intérêts de l’entreprise sont essentiels à défendre, et l’établissement de certaines conditions gagnantes est donc essentiel à instaurer afin de protéger ces intérêts.

Le même raisonnement devrait toujours exister afin de protéger la famille au sein de l’entreprise. Il y aura un consensus sur un principe très simple et clair : le respect de nos valeurs qui se traduise par des comportements observables. Dans une intervention récente en gestion de relève, une famille en affaire a décidé unanimement que son objectif était de préserver l’harmonie. Cependant, les défis commencent lorsque l’on a identifié une telle valeur ! En effet, si chaque membre de la famille oublie de faire le pont entre ce concept et la réalité quotidienne, à quoi bon se donner l’objectif du respect de cette valeur ? J’ai souvent constaté que les PME affichant leurs « valeurs » sur leur site web ou sur les murs de leur entreprise ne défendaient pas toujours les bons comportements nécessaires à la représentation de ces mêmes valeurs. Quand on le questionne sur les valeurs de leur entreprise, le dirigeant ne sent rappelle plus ! Peut-être parce que ces valeurs ne le touchent pas autant qu’il le laisse croire… Avant d’afficher une image que l’entreprise n’est pas, pourquoi ne pas commencer par identifier ce que nous sommes vraiment ?

Si préserver l’harmonie est réellement une valeur pour cette entreprise, elle se doit alors d’identifier les comportements qui la font vivre. Ils seront importants à se rappeler dans un contexte de transfert d’entreprise.  Par exemple : conserver la complicité, chercher à se connaître, écouter, prendre soin de l’autre, s’engager à se développer, rechercher l’équilibre, etc.  Mais avant de penser à changer son comportement afin de répondre aux exigences d’une valeur d’entreprise, le dirigeant doit commencer par appliquer des conditions gagnantes avec sa famille et s’engager à maintenir leurs applications (l’élément le plus difficile !). Les rencontres familiales constituent une de ces conditions gagnantes en gestion de la relève. En tout premier lieu, ces rencontres seront une plate-forme idéale pour échanger sur les valeurs qui nous tiennent à cœur et obtenir un consensus entre les membres.

Par David Lampron, CRHA et Associé pour l’Équipe Humania