Voir tout
Pratiques RH
Lecture de 4 minutes

Le robot n’est pas votre problème

Un dirigeant m’a appelé récemment, le souffle court. Il venait de regarder une vidéo en boucle : une équipe de robots qui trie 250 000 colis en 200 heures, sans interruption, filmée en temps réel. C’était impressionnant. Presque hypnotisant. Et sa réaction, comme celle de beaucoup de gens que je croise en ce moment, était immédiate : il voulait savoir lequel acheter.

Je comprends l’enthousiasme. Les chiffres donnent le vertige. Tesla vise la commercialisation de son robot humanoïde Optimus dès 2027. Le marché du robot comme service pourrait bondir de 13 à 100 milliards de dollars d’ici 2032. Carl Fugère, du Regroupement des entreprises en automatisation industrielle, résume la situation sans détour : on est encore à l’âge de pierre. La vague est là, elle s’en vient, et elle ne demande la permission à personne.

Mais voici ce qu’on ne dit pas assez : ce n’est pas un problème de robots. C’est un problème de préparation.

On confond l’outil et la condition

Quand l’imprimerie est arrivée, le défi n’était pas de fabriquer des presses. C’était de décider quoi écrire et pour qui. Quand les ordinateurs ont envahi les bureaux dans les années 80, les entreprises qui ont échoué n’ont pas manqué d’ordinateurs. Elles avaient des processus désorganisés, des rôles flous, des équipes qui n’avaient jamais réfléchi à ce qu’elles faisaient vraiment de leur temps.

La même dynamique se prépare, mais à une vitesse que peu de dirigeants de PME mesurent vraiment.

Acheter un robot humanoïde dans une organisation dont les responsabilités se chevauchent, dont les processus ne sont pas documentés et dont les employés n’ont aucune idée de ce qui va changer, ce n’est pas de l’innovation. C’est une façon coûteuse de déplacer le chaos.

L’outil amplifie ce qui existe déjà. Une organisation solide devient plus efficace. Une organisation fragile devient plus fragile, plus vite.

Ce que vos équipes ne savent pas encore

Voici la vraie question que j’aurais envie de poser à chaque dirigeant de PME québécoise en ce moment : est-ce que vos employés savent ce que leur travail va ressembler dans trois ans?

Pas dans vingt ans. Dans trois ans.

Parce que la transition ne sera pas une rupture soudaine. Ce sera une série de petits glissements. Un poste qui change de nature. Une tâche répétitive qui disparaît. Un rôle qui se transforme en rôle de supervision d’un système automatisé. Ces glissements-là, si personne n’en parle maintenant, ils arrivent comme une surprise désagréable.

Les gens ne résistent pas au changement en général. Ils résistent à ce qu’ils n’ont pas vu venir et à ce qu’on ne leur a pas expliqué.

Préparer ses équipes, ce n’est pas leur faire peur avec des statistiques sur l’automatisation. C’est leur parler franchement de ce qui s’en vient, les inclure dans la réflexion et leur donner les moyens de contribuer à la transition plutôt que de la subir.

La structure avant la technologie

Il y a une chose que j’observe régulièrement chez les PME qui traversent bien les grandes transitions : elles ont une structure claire avant d’avoir les meilleurs outils.

Elles savent qui fait quoi. Elles savent pourquoi chaque rôle existe. Elles ont des conversations honnêtes sur la performance et sur les attentes. Et quand un nouvel outil arrive, il trouve une place naturelle dans quelque chose qui est déjà bien pensé.

Ce n’est pas de la planification stratégique compliquée. C’est du travail de fond, souvent peu glorieux, que beaucoup remettent à plus tard parce qu’il n’a pas l’attrait d’une annonce technologique.

Pourtant, c’est exactement ce travail-là qui va décider qui tire profit de la prochaine vague et qui se fait engloutir par elle.

La vraie préparation commence maintenant

La révolution robotique est réelle. Les chiffres le confirment, les annonces se multiplient, et les premières applications commerciales sont à nos portes. Personne ne devrait fermer les yeux là-dessus.

Mais la question n’est pas quel robot acheter. La question est : est-ce que mon organisation, mes équipes et mes façons de travailler sont assez solides pour accueillir ce qui s’en vient?

Parce que le robot, lui, il sera prêt en 2027. La vraie inconnue, c’est vous.

Partager cet article

Patrick Bernier
Voir tout

Prêt à passer à l’action?